23 avril 2011

Complainte du voyageur

Pour l'heure, je dois me loger dans la bourgade de Lagawe, où je visite l'un des hôtels les plus miteux et lugubre que j'ai vu aux Philippines. Jusqu'à présent les hôtels que j'ai fréquentés étaient modestes, plus ou moins propres mais dans l'ensemble acceptables. En Asie il suffit en général de demander à visiter la chambre avant de se décider ; cela permet de négocier le tarif ou d'aller trouver son bonheur ailleurs.
Les tenanciers sont en général peu loquaces, peu intéressés par les commentaires de leurs clients, et connaissent la qualité de leur prestation au tarif qu'ils offrent. Le point où je veux en venir est qu'il ne sert pas à grand chose de leur dire que le papier peint est décrépi ou que ceci ou cela mériterait d'être nettoyé. Leur dire déclenche au mieux une grimace ou un grognement de leur part, mais certainement pas de réponse en bonne et due forme et surtout pas d'excuses (dieu que la politesse japonaise me manque!).
Et pourtant, dans un hôtel visité à Lagawe, je n'ai pu m'empêcher de me plaindre. Probablement parce que j'étais un peu cassé par la chaleur, fatigué par la marche pour trouver cette auberge du bout du monde, (dés)orienté par des locaux ne connaissant pas leur propre ville.
J'entre dans l'établissement, cherche parmi les 3 ou 4 badauds la personne susceptible d'être responsable ; je demande à visiter la chambre, et l'on me guide vers le fond de la bâtisse, en passant par un escalier d'autant plus étroit qu'une demi-douzaine d'hommes semblent y jouer un jeu d'argent. Au demi-sous-sol se trouve ladite chambre, dont l'aspect miteux n'est contrasté que par l'obscurité qui l'habite. Un coup d'œil à la salle de bain continue de confirmer l'impression qu'on ne peut ressortir que plus sale de cette pièce, autant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Une envie de suicide toucherait le plus heureux des hommes s'il était amené à dormir dans cette chambre ; l'énergie qui se dégage de ce lieu est l'énergie du désespoir.
La fatigue m'amène à hésiter une seconde sur le fait de prendre la chambre pour la nuit, quittant le bourg à la première heure le lendemain ; mais pas au tarif proposé, exorbitant pour un endroit si crasseux. Je commence vaguement à négocier... négociation qui se solde par un échec. D'où je prends mon sac et quitte ce tripot, non sans expliquer à la tôlière qu'une piaule sale à ce point ne vaut pas la moitié du prix qu'ils en demandent.
Étant plutôt réservé ce n'est pas dans mes habitudes, mais cette fois-ci, les circonstances l'exigeaient.